Le Tigre de Vimoutiers - Vivre à Vimoutiers

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Le Tigre de Vimoutiers

Histoire

Les derniers rugissements du « Tigre » de Vimoutiers

Comment fut-il sauvé ?

Au lendemain de l’effroyable Bataille de la Dives, les troupes blindées allemandes ayant échappé à l’encerclement dans la Poche d’ARGENTAN-TRUN-CHAMBOIS et reçu l’ordre de battre en retraite, se ruaient vers Vimoutiers en direction de la Seine. Eléments hétéroclites d’une VIIe Armée allemande en déroute, ils avaient pour dernière mission de retarder la poursuite alliée en obstruant les principaux axes routiers de matériels divers.
C’est ainsi qu’à la sortie de Vimoutiers, en direction de Gacé, furent immobilisés, au milieu de la chaussée, 5 chars de combat tombés, pour la plupart, en panne de carburant dans la montée.
Abandonnés par leurs équipages, ils furent, dès le 22 août, poussés dans le fossé par les puissants bulldozers des alliés fonçant à travers la Normandie dans son œuvre libératrice.

Il y avait là un PANZERKAMPFWAGEN III, deux PzKpfw IV et un « Tiger »type E.

Le char Tigre de Vimoutiers
Le char Tigre de Vimoutiers
Le " Tigre " avant sa restauration, dans les années 1970

Au lendemain de la guerre, tous les engins militaires jonchant le champ de bataille furent vendus aux enchères par l’Administration des Domaines à des ferrailleurs de la région. L’un d’eux fit l’acquisition des cinq chars et commença leur découpage. En raison des difficultés d’accès à l’endroit escarpé où l’avaient fait basculer les hommes du Génie de l’Armée anglo-canadienne, le « Tigre de Vimoutiers » fut épargné, tout du moins sa carcasse, le casseur ayant fait extraire du monstre le moteur et la boîte de vitesse.
Oublié, le blindé allait rester dans son « trou » pendant de longues années.

Pendant presque 30 ans, il fit, tel quel, partie du paysage, les automobilistes en provenance de Gacé ou de L’Aigle, découvrant brusquement, au sortir d’un virage, son impressionnant canon de 88 pointé sur eux tandis que les enfants de Vimoutiers - dont je faisais partie - moins apeurés par le fauve, se perchaient sur sa tourelle pour jouer à la guerre.

Dans les années 1960, avec le renouveau du tourisme en Normandie, le « Tigre de Vimoutiers » devint une halte obligée pour les visiteurs du champ de bataille d’août 1944
.


En 1975, le char est extrait de son fossé

Alors que les gens du pays considéraient désormais le tank comme faisant partie intégrante de leur environnement et de leur patrimoine, un évènement inattendu allait se produire au début des années 1970.

Michel Dufresne, ancien combattant de la 2e DB, qui habitait une commune voisine de Vimoutiers et empruntait chaque jour la Nationale 179 au volant de sa voiture, constata un matin avec stupéfaction, que des ouvriers s’affairaient à l’aide de chalumeaux sur l’épaisse carapace du char. Apprenant que le nouveau propriétaire de l’engin avait décidé de réduire en pièces ce prestigieux vestige de la Bataille d’Argentan, il téléphona le jour même à l’écrivain Eddy Florentin, historien spécialiste des combats de la Poche de Falaise, pour lui demander d’intervenir en haut-lieu afin de faire cesser le massacre. L’auteur de « Stalingrad en Normandie » contacta immédiatement le Ministre de la Défense, le Maire de Vimoutiers et les ferrailleurs arrêtèrent immédiatement le découpage du « Tiger ».

La Mairie de Vimoutiers acheta ensuite le char et un an plus tard, en juillet 1975, la Société Historique de Vimoutiers, avec l’autorisation du conseil municipal et l’aide précieuse d’Alain Roudeix et de Jean Blondeau, décidait d’extraire l’engin du fossé où il reposait depuis plus de trente ans pour le restaurer.

Il ne fallut pas moins de trois puissants engins de travaux publics,de type Scraper, pendant tout un après-midi d’octobre pluvieux pour sortir le tigre de sa tannière.

En 1975, le char est extrait de son fossé
En 1975, le char est extrait de son fossé
En 1975, le char est extrait de son fossé

Parallèlement, je faisais instruire un dossier qui aboutissait rapidement à son classement comme « monument historique ».

Restauré par Alain Roudeix, éminent spécialiste du matériel militaire de la seconde guerre mondiale, le char était ensuite placé sur un terre-plein au cœur d’une aire de repos aménagée par la ville de Vimoutiers à destination des touristes. Il constitue aujourd’hui l’une des curiosités incontournables du département de l’Orne.


Comment j’ai retrouvé le pilote du « Tigre de Vimoutiers » ?


Ekkehard FÖRSTER  lorsqu’il était pilote de Tigre à la « Hitlerjügend »
Ekkehard FÖRSTER lorsqu’il était pilote de Tigre à la « Hitlerjügend »

J’ai fait la connaissance d’Ekkehard Förster en 2002 à la suite d’une visite au cimetière militaire allemand de Saint-André-de-l’Eure, prés d’Evreux.

Je préparais à l’époque un « Guide des champs de bataille de Normandie en 1944 » et m’étais rendu en ce lieu où reposent 19.500 combattants allemands tombés, pour la plupart, sur le sol ornais en août 1944 dans le triangle Argentan, Trun et Chambois pour y rencontrer le gardien.

Au cours de la longue conversation à bâtons rompus que j’eus avec lui, celui-ci me montra fortuitement une photographie du « Tigre de Vimoutiers » en me confiant que son pilote venait chaque année ou presque se recueillir sur les tombes de ses anciens camarades tankistes tués au combat. Il accepta sans difficulté de me donner son adresse en Allemagne. J’étais éberlué par cette nouvelle.

Dés la semaine suivante, je lui écrivais une longue lettre à laquelle il me répondait sur le champ me relatant « sa » guerre et me confirmant que le char de Vimoutiers était bien le « sien ».
Bien qu’il n’ait fait l’objet d’aucune poursuite après la guerre, son rôle s’étant borné à combattre « loyalement » ses « adversaires » ( et non pas ses « ennemis » tenait-il à me préciser dans l’une de ses lettres ) Ekkehard Förster n’était pas un ancien combattant comme les autres, d’abord parce qu’il était Alsacien par sa mère, ensuite parce qu’il était pilote de char, en l’espèce du plus puissant engin blindé que les ingénieurs allemands n’avaient jamais conçu : le « Tigre; enfin et surtout, parce qu’il appartenait aux Waffen SS, ce que l’on surnomma plus tard « les fauves du Führer ».

Il me raconta qu’il était entré à l’âge de 17 ans, en 1943, dans la Division SS « Adolph Hitler » qui était une sorte de garde personnel du chancelier allemand. Quelques mois plus tard il avait rejoint la 12e SS Division « Hitlerjügend ».
Le régiment de chars auquel il appartenait avait été constitué au champ de manœuvres de Mailly-Le-Camp en novembre 1943. Il était alors commandé par le Lieutenant-Colonel Max Wünsche.

Formés en Belgique, les jeunes tankistes devinrent très vite de redoutables combattants.

Au Printemps 1944, la « Hitlerjügend » était transférée en Normandie dans un secteur délimité par les villes d’Evreux, Bernay, Gacé et Dreux.
Lorsqu’eut lieu le débarquement allié, le 6 juin 1944, le poste de commandement de la division se situait dans la région de Verneuil-sur-Avre.
La division blindée fut immédiatement placée sous les ordres de Rommel et reçut comme mission de se rassembler dans les environs de Lisieux.
Quand vint l’heure du combat, les chars se regroupèrent à l’Ouest de Caen où eurent lieu les premières échauffourées avec les blindés canadiens.

A l’Abbaye d’Ardennes, sous le haut commandement de « Panzer Meyer », ils livrèrent un combat sans merci contre l’Armée britannique et firent barrage à l’avancée des troupes de Monty.
Ekkehard Förster se battit à Cagny, à Evrecy aux commandes de son puissant engin.
Le 11 juillet, la « Hitlerjügend » était relevée et se regroupait au Nord de Falaise.
Elle reprenait le combat une semaine plus tard pour tenter de contenir la pression anglo-canadienne. Avec une poignée de chars, elle réussissait à détruire des dizaines de blindés alliés.

Le 18 août 1944, le « Tiger » d’Ekkehard Förster se trouve dans le chaudron de Falaise. Sur les quatre hommes qui forment l’équipage dont il est le chef, deux sont morts, le dernier quelques jours plus tôt.
Avec son conducteur, il décide, pour ne pas tomber aux mains des alliés, de traverser les lignes ennemies malgré la mitraille et les mines.
Il enfonce donc les défenses anglo-canadiennes et fonce en direction de Vimoutiers.
A l’approche de la ville, il se dirige vers Saint-Germain ou Sainte-de-Montgommery et le 20 août fonce en direction du dépôt d’essence qui se trouve au château de l’Horloge, à Roiville, en passant par la « côte de Gacé». Tombé en panne dans un virage, il abandonne son char, sans le détruire.
Ekkehard Förster se souvenait fort bien de ce moment qu’il m’a raconté dans l’une de ses lettres. « j’ai discuté avec des civils français qui se trouvaient là » me disait-il « Incapables de reconnaître nos uniformes noirs de tankistes, ils ne nous ont pas identifiés ni inquiétés quand nous sommes partis, à pied…»
Après un long périple, il réussit à rentrer en Allemagne.

A l’occasion du 60e anniversaire de la Bataille de Normandie, en 2004, Ekkehard Förster avait accepté mon invitation à revenir en Normandie et nous avions convenu de nous rencontrer en août à Vimoutiers. Le sort en a voulu autrement ! Le 21 juillet 2004, quelques jours avant son départ pour la France, à l’âge de 78 ans, l’ancien pilote du « Tigre de Vimoutiers » était frappé par un infarctus et s’éteignait subitement.
Devenu un militant européen convaincu, il faisait partie de ces milliers d’anciens combattants allemands qui, à l’instar de leurs homologues français, la paix revenue, avaient dénoncé avec force l’absurdité de la guerre et invité les jeunes à s’en convaincre pour que les peuples de notre continent ne se déchirent plus.


Gérard ROGER
Président-Fondateur de la Société Historique de Vimoutiers
Vice-Président fondateur du Centre de Recherche et de Documentation sur la Bataille de Normandie
Membre du Comité du Miroir des Âmes


Gérard ROGER devant le « Tigre de Vimoutiers »
Gérard ROGER devant le « Tigre de Vimoutiers »
 
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